Le train de la vie va vite. Très vite. Trop vite.
On ne s'en rend pas compte quand on est dedans.
Mais si on en descend, il est très difficile d'y remonter.
Gaëtan est descendu du premier train il y a 2 ans.
Il a quitté le lycée du jour au lendemain.
Il en avait marre. Il voulait entrer dans la Gendarmerie.
Je ne sais pas si c'était un rêve ou une fatalité à ce moment là.
Mais ce dont je suis sûr, c'est que c'est devenu un vrai rêve pour lui.
Quand le second train est passé, plus lentement, il y est monté.
Il a réussi son concours de sous-officier de Gendarmerie.
Il a servi en Bretagne, à Châteaulin, puis à Lannion.
Gaëtan vivait son rêve. Il était heureux.
Mais Gaëtan est descendu du second train.
Il a fait des conneries. Il a été viré.
Son rêve s'est effondré.
Tous ceux qui ont connu Gaëtan l'ont certainement vu parfois soupe au lait.
Mais tous l'ont vu drôle, gentil, généreux.
Croquant la vie à pleines dents.
Sur le quai, il s'est beaucoup amusé. Il a beaucoup profité de la vie.
Mais plus il profitait, plus le train de la vie s'éloignait.
Plus il s'amusait, plus ce train lui paraissait inaccessible.
Il ne l'a pas supporté.
Finalement, il s'est couché sous ce putain de troisième train.
Gaëtan, si je n'ai pas fait tout ce que je pouvais
pour t'aider quand tu en avais besoin,
Je te demande pardon.
Je m'imaginais bien à quel point ça doit être terrible de perdre un enfant.
On ne peut pas s'imaginer. C'est plus dur que ça.
Mais vous ne pouvez pas savoir à quel point
toutes vos marques de sympathie
nous aident à supporter un tel choc.
Texte de Bernard, son papa.